La saison des amours L'hiver n'est plus, adieu l'hiver! Le ciel triste s'est mis au beau. Seul avec les oiseaux Je contemple cette rivière qui m'est si familière pour y avoir jeté tant de larmes! Ses eaux se réveillent déjà à la vie et au vacarme et je me dis tout bas: Que c'est beau, le printemps! Le ciel est si bleu Comme au bon vieux temps Où l'on était si heureux! A chaque fois que la saison se renouvelle et que les pinsons aux chants de miel me rappellent mes vingt ans et les cabrioles d'antan, je redeviens l'enfant Qui aimait tant sur l'herbe des prés et auprés des étangs du matin au coucher rêver et folâtrer! Mais tout d'un coup Le ciel se met au gris. L'enfant si gai si fou que j'étais ne rit plus comme jadis. Aux larmes de joie se mêlent des larmes de cendre et de sel et malgré moi je dois renoncer aux charmes de cette enfance aux ailes divines qui d'un battement m'emmenaient au firmament! D'où me vient cette tristesse qui du fond de l''âme s'élève et ne cesse comme une flamme inépuisable et cruelle de creuser en moi ce vide noir et éternel où sans espoir je me noie? L'homme peut-il être heureux quand il se sait voué à jamais au dieu des enfers et au bûcher qui fera de lui un grand feu? Le printemps est la saison des amours renaissantes où au son des violons les nuits de fièvre enfantent des rêves d'éternité. Et la lune qui se baigne dans la lueur bleutée des étoiles ne règne que l'espace d'un frisson. Les fleurs au parfum subtil embaument l'air et nous rêvons de dunes et d'îles et de la douceur des lagons! Sans relâche nos jours succèdent aux nuits et tour à tour vers le grand infini nous nous acheminons. Saurons-nous un jour d'où nous venons et quels mauvais tours nous réserve l'au-delà? L'homme est-il aussi fier quand de vie à trépas il se mêle à la terre comme autant de poussière? Dans nos yeux scintillent les nuits étoilées et la lune qui y brille rappelle notre divinité! Enfants tout puissants du divin créateur mais astres errants en quête du Sauveur nous nous avillissons dans la bassesse, la fiente et le limon des actes sans noblesse où nous pataugeons. Dans le ciel d'azur le printemps sourit; l'air est calme et pur et de toutes parts la Vie en mille fleurs jaillit. Tout nous dit que la saison est mûre et propice non aux adieux mais aux amours! Et en tous lieux les oiseaux chantent l'heureux retour de la saison bienveillante. Alors, oublions la grisaille et le frimas de l'hiver et avant que s'en aille l'espérance précaire de nos jours crépusculaires, saisissons au vol les ailes dorées du temps qui au loin s'envole; de l'éphémère présent il ne nous reste, hélas! qu'un bref moment où unir nos pas face à face, le coeur battant! Claudio Wye![]()
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