Délos

Du plus loin que je me souvienne J'ai ardemment voulu voir Délos. Je ne sais aussi d'où me viennent Ces douces affinités pour Lesbos. Toutes ces îles fabuleuses égéennes Qui portent l'empreinte des dieux Aux noms si radieux si glorieux Qui rappellent la belle Hélène! Est-ce parce ce j'ai l'âme bohême Que Délos et ses soeurs cycladiennes Me plaisent tant et sèment En moi cette fièvre lesbienne? D'où me vient ce grand désir Qui depuis toujours me ravage Le coeur et au-delà des âges M'obsède comme un doux élixir? Délos, jadis île flottante Qui accueillit Léto, aimé de Zeus Et où naquit preste et haletante La chaste Diane, soeur de Phoebus. Qui ne sait d'Apollon la tardive naissance, Et d'Héra l'implacable jalousie, Les neuf jours et longues nuits De sa cruelle vengeance! Ne suis-je pas né comme Apollon Sur une île flottante et brillante D'une mère que marqua le guignon Aux douleurs longues et lentes. N'ai-je pas aimé dès ma naissance La douce berceuse des palmiers Et l'indicible mélopée des tamariniers Qui font pleurer les lointaines réminiscences! Délos la brillante! qu'Apollon de sa lyre Immortalisa d'une mélodie d'Orphée Et il en fit à l'univers un don à ravir De cette musique d'où naissent des divinités! Depuis, poètes et chanteurs Ces romantiques de tous les âges Ces rossignols aux doux ramages Ne cessent de faire l'éloge du dieu révélateur! Il est des mystères qui en ce monde Remontent à la plus haute antiquité: Des fois il suffit de voir surgir des ondes Opalescentes les chevaux ailés Des dieux qui ont peuplé notre enfance Ou de voir parmi les astres briller Orion Pour que se rallume en nous ce rayon D'espoir qui nous sauve de l'évanescence! Je ne sais si mes yeux s'ouvriront un jour Sur Délos, le joyau des Cyclades! Que ne donnerais-je pour y faire un tour Et laisser mon coeur battre la chamade Sur les traces de Diane la chasseresse? Que ne ferais-je pour que le dieu solaire Me fasse grâce d'un petit air Qui fasse de ma vie une éternelle ivresse? Mais je sais que depuis toujours Les dieux olympiens veillent sur moi! Ils m'inspirent de ces vers qui nuit et jour Peuplent mon univers et deviennent loi Et m'assurent parfois tout bas Souvent de vive voix Que le destin me montre du doigt Et que bientót Délos m'invitera au grand repas! Je te salue, O Délos, reine de beauté! Je t'appartiens depuis toujours Et toujours je reviens vers tes contrées Dans mes rêves et mes amours Où je m'imagine la prunelle de tes yeux. Que me valent ces frissons charnels Qui ne font que me rendre plus mortel? Mon coeur n'a que faire des songes creux? Bientót, plus tót qu'on ne le pense Mon âme enfin libérée de tout et de tous, De l'empire infernal des sens Qui au bord de l'abîme me poussent, Dans un grand battement d'ailes Mon âme s'envolera vers l'antique Ortygie, Où dans les eaux de l'oubli Elle deviendra cygne entre terre et ciel! Claudio Wye Composé sous l'inspiration de Phoebos, le Brillant le 12 mars 1999

Hosted by www.Geocities.ws

1