La crise qui éclate à la bourse
de New York le fameux jeudi noir de 1929 met définitivement
terme à la prospérité des années "folles".
Cette crise, qui était avant tout boursière, a
touché progressivement tous les secteurs de la vie du pays.
En effet, elle est vite devenue économique et sociale,
en plus de prendre une dimension mondiale étant donnée
l'importance de l'économie américaine sur la scène
internationale.
Devant l'ampleur de la crise, le président
républicain Herbert Hoover (1928-1932) qui prônait
le laisser faire, continu de croire en la robustesse de l'économie
américaine, et refuse d'intervenir pour résorber
la crise. Malgré la confiance que le président
porte à l'économie américaine, la crise s'intensifie
et fait davantage de ravages.
L'arrivée au pouvoir en 1932 de Franklin
Roosevelt a marqué un profond changement politique. Pas
seulement parce que ce dernier est démocrate, mais parce
que dorénavant l'intervention de l'état sera accrue
considérablement. En effet, FDR s'engage à résorber
la crise en augmentant l'initiative et le contrôle du gouvernement
dans l'économie, tel que le stipule la théorie keynésienne.
Pour se faire, il met sur pied un ensemble de réformes
appelées le New Deal, et réussit à redonner
confiance au peuple envers les institutions politiques et financières.
Les bases de l'état-providence étaient ainsi posées.
Le texte de Carl N. Degler intitulé
"The Third American Revolution" tente de prouver que
le New Deal proposé par FDR constitue la troisième
révolution américaine. Le New Deal, qui a été
la progéniture de la crise, a fait émerger de cette
dernière une nouvelle conception de ce que constitue une
société satisfaisante. Il a complètement
bouleversé l'ordre établit en revivifiant le Parti
démocrate, en protégeant la syndicalisation des
travailleurs américains, en régularisant l'économie
et en garantissant un minimum de bien-être à la population.
Ce programme se veut révolutionnaire car ces nouveaux
principes ont également été adoptés
par l'administration républicaine d'Eisenhower.
Pour appuyer sa thèse, Degler
commence par nous montrer les dégâts causés
par la politique de laisser faire que Hoover s'obstinait à
poursuivre pendant la crise: famine, chômage, chute des
prix, morts, misère, crainte des entrepreneurs, désespoir,
dépression psychologique, sans-abris, etc..
Ensuite, il démontre que le
peuple était prêt à accepter l'intervention
permanente du gouvernement dans l'économie, c'est pourquoi
les principales mesures adoptées par FDR ont été
si bien accueilli. La première d'entre elles a été
une législation qui soumettait les banques à un
contrôle fédéral et qui séparait les
banques de dépôt de celle des affaires. Puis, le
AAA suivit, prônant l'utilisation de subsides aux agriculteurs
afin de maintenir les prix agricoles. Mais l'innovation la plus
fructueuse a été le Tennessee Valley Authority,
par laquelle le gouvernement devenait producteur d'hydroélectricité,
et employeur à la fois, donnant par la même occasion
un second souffle dans le centre-sud des États-Unis.
Le Social Security Act a été
encore plus révolutionnaire, en mettant sur pied le système
de pension et d'assurance-chômage. Ces changements ont été
tellement souhaités et appréciés par la population
que toutes tentatives d'annulation de ces lois ont été
refusées par le congrès. Le WPA a également
été créé afin de contrer temporairement
le chômage. En donnant de l'emploi à des artistes,
ce programme a aussi créé "une révolution
culturelle en Amérique", et donné un nouveau
rôle au gouvernement pendant la crise. Le souci d'éviter
une nouvelle catastrophe économique était désormais
devenu omniprésent pour le gouvernement.
Sur le plan politique, Roosevelt a
fait une véritable révolution en poussant le Parti
démocrate au sommet de la scène politique. Un changement
de vote s'est opéré, et de nombreux républicains
se sont convertis en démocrates. En plus, un imposant nombre
de ces convertis étaient des noirs, ce qui constituait
une innovation majeure, car ces derniers votaient républicains
depuis leur émancipation. Des mesures concrètes
ont été mises sur pied afin d'accepter les noirs
comme citoyen complet: accès au CCC et NYA au même
titre que les blancs, accès au logement modique, construction
d'hôpitaux, d'école, et surtout une clause interdisant
la discrimination dans les syndicats.
Dans le domaine du travail, la nouvelle
attitude du gouvernement envers les syndicats a été
de démontrer par la création de la clause 7a du
NRA garantissant le droit de choisir librement son syndicat. Cette
dernière eu pour effet d'augmenter le nombre de syndiqués
et de fondé le C.I.O. en 1938. Le Wagner Act repris par
la suite la section 7a du NRA, en plus de mettre sur pied le NLRA.
Ce dernier devait superviser les élections des représentants
syndicaux, créer des lois contre les employeurs qui ne
voulaient pas coopérer, fixer un salaire minimum et un
maximum d'heure de travail, et abolir le travail des enfants.
Ces mesures démontrent l'ampleur des interventions que
le gouvernement était maintenant prêt à faire.
Barton J. Bernstein, quant à
lui, tente de démontrer dans l'article intitulé
"The New Deal: The Conservative Achievements of Liberal Reform"
que le New Deal n'a pas transformé le système américain
en opérant une redistribution du pouvoir, mais a plutôt
aidé à conserver et à protéger le
capitalisme corporatif. Les moyens employés par FDR étaient
avant tout libéraux, et ne servaient que des buts conservateurs.
Le New Deal n'a donc pas révolutionné la société
américaine par ces changements, mais a avant tout permit
une continuation. Malgré les améliorations apportées,
il a échoué à maints égards.
Selon Bernstein, Hoover a été
le premier des nouveaux présidents. Ceci parce qu'il "did
more than any previous American president to combat depression".
Il a vite réagi à la crise en tentant de sécuriser
le milieu des affaires afin que la production se maintienne et
que l'économie se stabilise. Malgré le fait que
ces mesures se sont montrées insuffisantes, il a tout de
même abandonné le laisser faire économique
et a tenté de soulager la crise.
Ensuite, c'est FDR qui prit la relève
en élargissant les efforts de Hoover. En venant au secours
des démunis, FDR s'est évertué à maintenir
l'ordre établit et à rendu l'attrait des radicaux
beaucoup moins séduisant. Ces mesures étaient avant
tout conservatrices tel le NRA qui a même échoué
en retardant probablement la reprise par l'augmentation des prix
qu'elle a causé et par les difficultés qu'elle imposait
aux petites entreprises.
Par la suite, avec le AAA, il a diagnostiqué
que le problème des agriculteurs était un problème
de surproduction, et il a sacrifié les intérêts
des marginaux au profit des groupes organisés. Ces mesures
ne servaient donc qu'à raffermir "the pre-eminence
of business interest". Et négociant avec des groupes
organisés, le New Deal a exclu beaucoup de gens du processus
de décision. Ainsi, les intérêts de nombreuse
personnes ont été oubliées.
FDR devait également faire face
à la menace de la Gauche, qui attirait de plus en plus
de gens, c'est pourquoi le deuxième New Deal s'est avéré
plus radical: mise sur pied d'un système d'assurance social,
loi anti-trust, etc. Toutefois, ces mesures excluaient encore
une importante partie de la population. Tout comme FRD, la Gauche
et les leaders syndicaux ne voulaient pas faire disparaître
le capitalisme corporatif, mais ils étaient prêts
à prendre des moyens plus radicaux pour rendre le système
plus humain. D'ailleurs, le NRA a été renouvelé
par le "big business", ce qui montre bien que ce dernier
déservait autre que ceux des moins nantis. La façon
dont FDR aborde le problème des trusts est d'ailleurs ambiguë,
et on constate qu'il n'était pas prêt à affronter
le "big business", alors il a décidé de
coopérer avec eux.
En ce qui concerne les noirs, FDR se
trouve coincé entre les membres sudistes de son Parti,
et sa femme Eleonor. Il fit donc bien peu pour empêcher
la ségrégation, et il n'a même pas endossé
la loi anti-lynchage, ce qui laissa les relations inter-raciales
intactes. Quant aux finances, FDR était également
prit au piège, car il avait promis de couper dans les dépenses
et de rétablir l'équilibre budgétaire. Et
en 1937, en coupant dans les dépenses, il a replongé
l'économie en pleine crise. Malgré tous les défauts
du New Deal, il a réussi pendant six ans à soulager
les souffrances.
Quant à Susan Ware, dans son
livre intitulé "Beyond Suffrage:Women in the New Deal",
elle tente de prouver qu'un certain nombre de femmes à
la maison blanche, constituant le "network", ont joué
un rôle important dans les politiques du New Deal, en aidant
à en diffusé le contenu et en faisant du lobbying.
Toutefois, elle avoue que ce programme de réformes constituait
des lacunes. Sur le plan social et même dans les campagnes
électorales, les femmes ont été d'un grand
intérêt, ce qui constitue une innovation importante
pour l'époque.
Les femmes du "network" ont
d'abord eu comme tâche de faire connaître le New Deal,
par le "Reporter Plan" et d'en faire la promotion partout
au pays. Elles devaient donc éduquer la population sur
le contenu du programme, mais plus particulièrement les
femmes. Elles ont joué un rôle décisif dans
l'adhésion des femmes du Sud aux mesures du New Deal.
Étant donnée le peu de
reconnaissance portée envers les femmes, le but du "Democratic
Women" était également d'augmenter leur influence
auprès du gouvernement. En effet, une partie du "network"
ne servait exclusivement qu'à conseiller afin d'augmenter
le pouvoir des femmes dans le Parti démocrate. En plus,
elles ont joué un rôle de médiatrice, et ont
dû se battre pour obtenir davantage de fonds. Dans l'élection
de 1936, elles se sont données entièrement, prenant
des jours de congés à leur travail pour aider la
campagne et elles ont inventé les "Rainbows Fliers"
servant à rejoindre les indécis.
Le "Equal Rights Amendment"
est également une de leur priorité, car le ERA avait
légiféré un salaire minimum ainsi que l'interdiction
du travail de nuit pour les femmes, ce qui contentait un certain
nombre de femmes. Toutefois, la plupart des membres du "Network"
protestaient, car selon elles, les législations tenant
compte du sexe étaient discriminatoires et brimaient leur
liberté. Quant à la clause 213 du NEA disant que
les deux membres d'un couple ne pouvaient travailler ensemble
à la fonction publique, elles se sont buté à
un mur. Malgré une pétition et de nombreuses complaintes,
ce n'est qu'en 1937 que cette clause a été annulée.
Elles croyaient également que
leur présence en politique leur permettrait de résoudre
des problèmes humains, tels le travail des enfants, les
effets de la guerre, les pénuries de logements, l'éducation
et les libertés civiles. D'ailleurs avec l'adoption du
NRA, nombreuse de leurs demandes ont été exaucées.
Toutefois, le système de code mis en place par le NRA stipulant
des salaires minimums inférieurs pour les femmes, est contesté
par dix organisations nationales de femmes, car ce système
discriminait encore les travailleuses. Malgré cette vive
contestation, le système est resté inchangé,
ce qui constituait un défaut indiscutable au New Deal.
À la lumière des textes que
l'on vient d'étudier, il semble évident que le New
Deal a été un programme de réformes très
discutable. ll a certainement aidé à sécuriser
et à redonner confiance, mais il a surtout permit de soulager
temporairement la misère. Toutefois, ce programme visait
principalement à maintenir le système en place.
Pour ce faire, les mesures sociales adoptées visaient
à enrayer la misère qui constituait un combustible
à une révolution potentielle. En donnant aux radicaux
ce qu'ils désiraient, FRD évitait qu'ils prennent
le pouvoir. C'est pourquoi la thèse que supporte Bernstein
semble la plus crédible, suivit de celle de Ware, et que
finalement la thèse de Degler semble complètement
erronée.
Tout d'abord, il est possible de conclure
que le texte de Bernstein est le plus prêt de la réalité
seulement en analysant les sources et les arguments qu'il a utilisés.
Sa thèse est effectivement des plus crédible car
elle est nuancée; tout en affirmant que le New Deal ne
constitue pas une troisième révolution américaine,
il constate que le programme a eu des bienfaits incontestés.
On peut donc en déduire que ce programme avait ces hauts
et ces bas, ce qui est tout à fait normal dans les circonstances.
Son texte reprend presque tous les sujets
de Degler, mais il en donne une appréciation fort différente,
car ses arguments sont tout à fait différents.
Au lieu d'arrivée à des arguments absolus, il en
arrive à des conclusions mitigés pour chaque arguments.
D'ailleurs, les sources qu'il a employées sont très
crédibles; de nombreuse revues telles l'American Historical
Review et le Yale Review, des sources secondaires modernes, des
congrès, des mémoires et des textes de lois. Ses
sources étant donc très diversifiées et composées
de nombreuse sources primaires en font la thèse la mieux
appuyée.
Ensuite, on peut dire que le texte de Ware
est également assez convaincant, car malgré le fait
qu'elle nous montre la place importante qu'ont occupée
les femmes du network dans l'élaboration et la diffusion
du New Deal, elle mentionne aussi des failles que comportaient
le programme, telle la clause 213 et les codes sexistes du NRA.
Cependant, ses arguments semblent un peu faibles, car elle semble
avoir un parti prit en voulant constamment souligner les réalisations
de ces femmes. Quant aux sources utilisées, on constate
qu'elles sont majoritairement composées d'autobiographies,
de revues du Parti tel le Democratic Digest et le journal de FDR
et d'Eleonor, ainsi que de quelques sources secondaires. Ses
sources ne sont donc pas très objectives ni diversifiées
ce qui nous fait douter du bien fondé de ses arguments.
Pour terminer, le texte de Degler me semble
très peu persuasif, car sa thèse semble trop radicale
et elle est basée sur des arguments qui ne tiennent pas.
Sa thèse étant basée sur le concept de révolution,
exige que ces arguments soit sans nuance, ce qui ne tient pas
debout, car la politique étant ce qu'elle est, la réalité
est très complexe et doit nécessairement être
nuancée. Il tente de nous faire la démonstration
que FRD a été un sauveur et que son programme était
parfait à tout point de vue, ce qui apparaît comme
impossible. À la différence de Bernstein, Degler
explique longuement les effets de la crise sur le commun des mortels,
car pour que sa thèse tienne, il doit démontrer
le changement que cette troisième révolution a occasionné.
Toutefois, cette partie du texte exprimée de façon
dramatique perd de sa crédibilité par son côté
exagéré.
De plus, ses arguments reposent sur des sources
très discutables; en ce qui concerne Hoover, Degler va
jusqu'à se citer lui-même pour appuyer ses dires.
On constate qu'il emploie presque exclusivement des sources secondaires
contemporaines et il cite à maintes reprises le journal
"Fortune" et le "Harper's Magazine", ce qui
ne constituent pas des sources très diversifiées.
En plus du fait que ses sources sont moins nombreuse que celles
de Bernstein, il admet dans sa bibliographie commentée
que certains livres sont partisans, ce qui lui enlève beaucoup
de crédibilité.