Killing Hope : U.S. Military and CIA Interventions Since World War II by William Blum [ Retour ]
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Note préliminaire : Ceci est une traduction d'un chapitre
du livre Killing
Hope: U.S. Military and CIA Interventions Since World War II de William
Blum. Traduit par nos soins, avec l'aimable autorisation de l'auteur. Vous
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La Révolution impardonnable.
L'existence d'un gouvernement révolutionnaire socialiste, à
seulement 90 miles et ayant des liens de plus en plus étroits
avec l'Union-Soviétique, disait avec insistance le Gouvernement
des Etats-Unis, est une situation qu'aucune superpuissance qui se respecte
ne peut tolérer, et entreprit l'invasion de Cuba en 1961 .
Mais à moins de 50 miles de l'Union-Soviétique se trouvait
le Pakistan, un allié proche des Etats-Unis, membre depuis 1955
de l'Organisation de Traité de l'Asie du Sud-Est, l'alliance anticommuniste
créée par les Etats-Unis. Sur la frontière même
de l'Union-Soviétique se trouvait l'Iran, un allié encore
plus proche des Etats-Unis, et son réseau implacable de postes d'écoutes
électroniques, de surveillance aérienne et d'infiltration
du territoire Soviétique par des agents Américains. Et aux
cotés de l'Iran, toujours sur la frontière de l'Union-Soviétique,
se trouvait la Turquie, membre de l'ennemi mortel des Russes, l'OTAN, depuis
1951.
Bons et mauvais missiles
En 1962 durant la « Crise des Missiles Cubains », Washington,
apparemment dans un état proche de la panique, informa le monde
que les Russes étaient en train d'installer des missiles «
offensives » à Cuba. Les Etats-Unis mirent rapidement sur
pied une « quarantaine » de l'île - une démonstration
puissante de forces navales et de marines dans les Caraïbes arrêteraient
et fouilleraient tout vaisseau faisant route vers Cuba ; ceux qui contiendraient
une cargaison militaire seraient forcés à faire demi-tour.
Les Etats-Unis, cependant, avaient des bases de missiles et de bombardiers
en place en Turquie et d'autres missiles en Europe de l'Ouest pointés
vers l'Union-Soviétique. Le dirigeant Russe Nikita Khrouchtev écrivit
plus tard :
« Les Américains avaient entouré notre pays avec
des bases militaires et nous menaçaient d'armes nucléaires,
et maintenant ils allaient apprendre ce que l'on ressent quand on a des
missiles ennemis pointés sur vous ; nous ne faisions rien de plus
que leur rendre la monnaie de la pièce. ...Après tout, les
Etats-Unis n'avaient aucune querelle d'ordre légal ou moral avec
nous. Nous n'avions rien donné de plus aux Cubains que ce que les
Américains avaient donné à leurs alliés. Nous
avions les mêmes droits et les mêmes opportunités que
les Américains. Notre comportement dans l'arène internationale
était gouverné par les mêmes règles et limites
que les Américains. » (1)
Au cas où quelqu'un n'aurait pas bien compris les règles
appliquées par Washington, ce qui était apparemment le cas
de Krouchtev, le magazine Time fût prompt à les expliquer.
« De la part des Communistes, » déclara le magazine,
« cette mise sur le même plan d'égalité (faisant
référence à l'offre de Krouchtev d'un retrait mutuel
des missiles et bombardiers de Cuba et de Turquie) était à
l'évidence une manoeuvre tactique. De la part des neutralistes et
des pacifistes (qui avaient bien accueilli l'offre de Krouchtev) cela révélait
une confusion intellectuelle et morale. » La confusion, semble-t-il,
résidait dans l'incapacité de distinguer les bons des méchants,
car « L'objectif des bases Américaines (en Turquie) n'était
pas d'exercer un chantage à l'égard de la Russie mais de
renforcer le système de défense de l'OTAN, qui a été
crée comme garde-fou contre l'agression Russe. Comme membre de l'OTAN,
la Turquie a accueilli les bases comme une contribution à sa propre
défense. » Cuba, qui avait été envahi juste
un an auparavent, n'avait apparemment pas droit aux mêmes préoccupations.
Le magazine Time continua son sermon : « Au delà des différences
entre ces deux cas, il y a une différence morale énorme entre
les objectifs Américains et Russes... Mettre les bases Américaines
et Russes sur le même plan d'égalité reviendrait à
leur reconnaître respectivement le même but... Les bases Américaines,
comme celles installées en Turquie, ont contribué à
maintenir la paix depuis la Deuxième Guerre mondiale, tandis que
les bases Russes à Cuba exerçaient une menace pour la paix.
Les bases Russes étaient destinées à étendre
la conquête et la domination, alors que les bases Américaines
ont été érigées pour sauvegarder la liberté.
La différence devrait être évidente pour tout le monde.
» (2)
Comme il était évident que les Etats-Unis avaient le droit
de maintenir une base militaire sur le sol Cubain - la Base Navale de Guantanamo,
vestige du colonialisme coincé en travers de la gorge du peuple
cubain, que les Etats-Unis, à ce jour, ont refusé d'évacuer
en dépit des protestations véhémentes du gouvernement
de Castro.
Bonnes et mauvaises révolutions
Dans le vocabulaire Américain, en plus de la distinction entre bonnes
et mauvaises bases, bons et mauvais missiles, il y a de bonnes et mauvaises
révolutions. Les révolutions américaines et françaises
sont bonnes. La Révolution Cubaine est mauvaise. Elle devait être
mauvaise parce que tellement de gens avaient fui Cuba à cause d'elle.
Mais au moins 100 000 personnes fuirent les colonies Britanniques en Amérique
pendant et après la Révolution Américaine. Ces Tories
ne pouvaient accepter les changements politiques et sociaux, réels
ou redoutés, particulièrement le changement qui se produit
dans toute révolution digne de ce nom : Ceux qu'on regarde comme
des êtres inférieurs ne savent plus rester à leur place.
(Ou, comme le Secrétaire d'état des Etats-Unis l'exprima
après la Révolution Russe : Les Bolcheviks cherchaient à
« mettre la Terre sous la domination de la masse ignorante et incapable
de l'humanité. ») (3)
Les Tories s'enfuirent vers la Nouvelle Ecosse et la Grande-Bretagne
en colportant des histoires de révolutionnaires Américains
impies, dévoyés et barbares. Ceux qui restaient et refusaient
de prêter serment et faire allégeance aux nouveaux gouvernements
des Etats-Unis se voyaient refuser la quasi-totalité des libertés
civiques. Beaucoup furent emprisonnés, assassinés, forcés
à l'exil. Après la Guerre de Sécession, des milliers
d'autres fuirent vers l'Amérique du Sud et ailleurs, une fois de
plus dérangés par les troubles sociaux. De quel type d'exode
peut-on s'attendre après la Révolution Cubaine ? - une véritable
révolution sociale, donnant lieu à des changements beaucoup
plus profonds qu'aucune expérience Américaine. Combien d'autres
auraient fui des Etats-Unis s'il s'était trouvé, à
seulement 90 miles, la nation la plus riche du monde qui les aurait accueillis
en leur promettant toutes sortes d'avantages et de récompenses ?
Après la Révolution Cubaine de janvier 1959, on a appris
qu'il y avait aussi de bons et de mauvais détournements. A plusieurs
reprises, des avions et des bateaux Cubains furent détournés
vers les Etats-Unis mais ne furent jamais rendus à Cuba, pas plus
que les pirates ne furent punis. A la place, certains avions et bateaux
furent saisis par les autorités américaines en guise de compensation
du non-paiement des dettes réclamées par les entreprises
américaines auprès du gouvernement Cubain. (4)
Mais après il y eût les mauvais détournements - des
avions obligés de voler des Etats-Unis vers Cuba. Quand ces vols
là devinrent plus nombreux que ceux dans la direction opposée,
Washington fût contraint de reconsidérer sa politique.
Bons et mauvais terroristes
Il semble qu'il y ait aussi de bons et de mauvais terroristes.
Quand les Israëliens bombardèrent le Q.G. de l'O.L.P. en Tunisie
en 1985, Ronald Reagan exprima son approbation. Le présidant affirma
que les nations avait le droit de répliquer aux attaques terroristes
« à partir du moment où on s'en prenait aux personnes
responsables. » (5) Mais
si Cuba avait largué des bombes sur un seul Q.G. des exilés
anti-Castristes à Miami ou au New Jersey, Ronald Reagan aurait certainement
déclenché une guerre, alors que pendant 25 ans le gouvernement
de Castro a été victime d'une succession extraordinaire d'attaques
terroristes menées sur le sol Cubain, aux Etats-Unis et aussi dans
d'autres pays par les exilés et leurs mentors de la CIA. (Sans parler
des conséquences d'un bombardement éventuel par Cuba du siège
de la CIA)
Les attentats à la bombe et les attaques aériennes contre
Cuba par des avions basés aux Etats-Unis commencèrent en
1959, sinon avant (6). Au début
de 1960 eurent lieu plusieurs raids aériens avec des bombes incendiaires
contre les champs de canne-à-sucre cubains et les raffineries de
sucre - auxquels participèrent des pilotes américains - dont
au moins trois moururent en s'écrasant, et deux autres furent faits
prisonniers. Le Département d'état reconnu qu'un des avions
qui s'était écrasé, tuant deux américains,
avait décollé de la Floride, mais insista que cela fût
fait contre la volonté du gouvernement des Etats-Unis. (7)
En mars, un cargo Français qui déchargeait des munitions
en provenance de Belgique explosa à la Havane tuant 75 personnes
et en blessant 200, dont certaines moururent par la suite. Les Etats-Unis
nièrent les accusations de sabotage portées par Cuba mais
confessèrent qu'ils avaient bien tenté d'empêcher la
livraison. (8)
Et ainsi de suite... atteignant un paroxysme en Avril de l'année
suivante par l'organisation par la CIA. de l'invasion infâme de la
Baie des Cochons. Plus de 100 exilés moururent durant l'attaque.
Près de 1 200 furent faits prisonniers par les Cubains. Il fût
révélé plus tard que quatre pilotes américains
au service de la CIA avaient aussi perdu la vie. (9).
Le fiasco de la Baie des Cochons
L'attaque de la Baie des Cochons reposait largement sur l'hypothèse
d'un ralliement massif de la population cubaine aux envahisseurs, (10)
mais ce ne fût pas le cas. En fait, les dirigeants et les troupes
des forces exilées avaient été trompés par
des supporters et acolytes de Fulgencio Batista, le dictateur renversé
par Castro, qui en aucun cas n'auraient été les bienvenus
auprès de la population cubaine.
Malgré le fait que l'administration de Kennedy était terriblement
embarrassée par cette écrasante défaite - et en fait
à cause de ça - une campagne d'attaques à une plus
petite échelle fût aussitôt mise en place, sous le nom
de code « Opération Mangouste ». Au cours des années
60, l'île Caraïbéenne fût soumis à d'innombrables
raids par air et par mer de la part des exilés, parfois accompagnés
par leurs superviseurs de la CIA, causant des dommages sur des raffineries
de pétrole, des usines chimiques, des ponts, des champs de canne-à-sucre,
des entrepôts ; infiltrant des espions et des saboteurs et des assassins...
tout ce qui pouvait endommager l'économie Cubaine, promouvoir la
désaffection de la population ou rendre la révolution moins
séduisante... tuant au passage des membres de la milice Cubaine
et d'autres... des attaques pirates contre les bateaux de pêche Cubains
et les navires marchands, bombardements de vaisseaux Soviétiques
accostés à Cuba, une attaque contre un camp de l'armée
Soviétique ou 12 soldats Russes furent blessés... des obus
tirés de la mer sur un hôtel et un théâtre parce
que des Russes et des Européens de l'Est étaient supposés
s'y trouver... (11)
Le terrorisme contre Cuba
Ces actions n'étaient pas systématiquement menées
sous les ordres directs de la CIA - qui n'était pas forcément
non plus prévenue de telles actions -, mais la CIA pouvait difficilement
invoquer des « éléments incontrôlés ».
Elle avait crée le quartier général d'Opération
Mangouste à Miami qui était un véritable état
dans la ville - au-dessus, au-delà et en dehors des lois des Etats-Unis,
sans parler des lois internationales, avec un personnel composé
de plusieurs centaines d'Américains qui dirigeait encore plus de
d'agents Cubains dans de telles opérations, avec un budget de plus
de 50 Millions de dollars par an, et un accord avec la presse locale pour
garder les opérations secrètes sauf quand la CIA voulait
leur donner une publicité. (12)
L'article 18 de Code des Etats-Unis qualifie de crime le lancement d'une
« expédition militaire ou navale ou toute tentative »
à partir de des Etats-Unis contre un pays avec lequel les Etats-Unis
n'est pas (officiellement) en guerre.
Bien que les autorités américaines aient de temps à
autre fait avorter un complot des exilés ou intercepté un
bateau - parfois parce que les garde-côtes ou d'autres services officiels
n'avaient pas été correctement informés au préalable
- aucun Cubain n'a jamais été poursuivi pour un tel acte.
On ne pouvait s'attendre à moins compte tenu du fait que le Ministre
de la Justice Robert Kennedy avait précisé, à la suite
de l'invasion de la Baie des Cochons, que celui-ci ne constituait pas une
expédition militaire. (13)
Les raids de commando ont été entrepris en combinaison totale
avec l'embargo des Etats-Unis sur le commerce et le crédit, qui
perdure à ce jour, et qui porta réellement préjudice
à l'économie Cubaine et provoqua une érosion du niveau
de vie. L'embargo est si tenace que, lorsque Cuba fût frappé
par un ouragan en Octobre 1963, Casa Cuba, une association de bienfaisance
basée à New York, récolta une large quantité
de vêtements en guise d'aide. Les Etats-Unis refusèrent les
autorisations nécessaires à leur exportation en arguant qu'il
s'agissait d'une expédition « contraire aux intérêts
nationaux ». (14)
De plus, des pressions furent exercées sur d'autres pays pour qu'ils
se plient à l'embargo, et des biens destinés à Cuba
furent sabotés : machines-outils endommagés, produits chimiques
mélangés à des lubrifiants afin d'accélérer
l'usure des moteurs diesels, un fabricant de la R.F.A. payé pour
produire des roulements à bille défectueux, un autre pour
faire de même avec des pignons de boîtes à vitesses
- « On parle de gros sous, » dit un officier de la CIA impliqué
dans les efforts de sabotage, « quand vous demandez à un fabricant
de participer à un tel projet parce que vous l'obligez à
redéssiner un jeu complet de moules. Et il va certainement être
préoccupé par les conséquences sur son business futur.
Vous pouvez être amené à lui payer plusieurs centaines
de milliers de dollars ou plus. » (15)
Un exemple de sabotage
Une entreprise qui défia l'embargo fût British Leyland, en
vendant un grand nombre d'autobus à Cuba en 1964. Les critiques
répétées et les protestations de Washington ne purent
empêcher la livraison des autobus. Alors, un cargo Est Allemand transportant
42 autobus vers Cuba entra en collision dans un épais brouillard
avec un vaisseau Japonais sur la Tamise. Le vaisseau Japonais pût
reprendre sa route, mais le cargo Est Allemand se coucha sur le flanc ;
les autobus devaient être « décommandés »,
annonça British Leyland. Dans les principaux journaux anglais, ce
n'était qu'une histoire d'accident. (16)
Dans le New York Times, il n'en fût même pas mention. Une décennie
devait passer avant que l'éditorialiste Jack Anderson dévoila
que ses sources de la CIA et de l'Agence Nationale de Sécurité
avaient bien confirmés que la collision avait été
arrangé par la CIA avec la collaboration des Services secrets britanniques.
(17) En réaction, un
autre officier de la CIA déclara qu'il était sceptique quant
à cette thèse, tout en admettant « qu'il était
vrai que nous étions en train de saboter l'envoi des autobus de
Leyland vers Cuba, et que c'était une affaire très sensible.
» (18)
La guerre bactériologique et chimique contre Cuba
Une autre affaire très sensible fût sans doute l'utilisation
d'armes chimiques et bactériologiques par les Etats-Unis contre
Cuba. La liste est remarquable.
En Août 1962, un transporteur Britannique sous-loué par les
Soviétiques, endommagea son hélice sur un récif et
dût se réfugier à San Juan, Puerto Rico, pour subir
des réparations. Sa destination était un port Soviétique
avec 80.000 sacs de sucre Cubain. Le bateau fût mis en cale sèche
et 14.135 sacs furent déchargés vers un entrepôt pour
faciliter les travaux. Lors de son séjour dans l'entrepôt,
le sucre fût contaminé par des agents de la CIA avec un produit
supposé sans danger mais rendant le sucre non-comestible. Lorsque
le président Kennedy prit connaissance de l'opération, il
entra dans une colère noire parce qu'elle s'était déroulée
sur le territoire américain et sa découverte aurait fourni
à l'Union-Soviétique une base de propagande et aurait pu
créer un précédent pour le sabotage chimique au sein
de la guerre froide. Il ordonna que le sucre ne soit pas rendu aux Russes,
sans que l'explication qui fût donnée soit rendu publique.
(19) Apparemment, cela n'empêcha
pas d'autres entreprises du même style. Le fonctionnaire de la CIA
qui aida à mener les efforts de sabotage dans le monde entier, déjà
cité plus haut, révéla par la suite que « Il
y avait beaucoup de sucre qui sortait de Cuba, et nous y introduisions
beaucoup de produits contaminants. » (20)
La même année, une technicien Canadien en agriculture travaillant
comme conseiller auprès du gouvernement Cubain reçu 5.000$
de la part « d'un agent des services secrets américains »
pour infecter les dindes Cubaines par un virus provoquant la maladie mortelle
de Newcastle. Il s'ensuivit la mort de 8.000 dindes. Le technicien affirma
plus tard que bien qu'il avait été présent dans la
ferme où moururent les dindes, il n'avait en fait pas administré
le virus mais qu'il s'était contenté d'empocher l'argent,
et que les dindes sont mortes à la suite de négligences et
autres raisons sans rapport avec le virus. Cette déclaration pourrait
être une auto-justification. Le Washington Post raconta que «
Selon les rapports des services secrets des Etats-Unis, les Cubains - et
certains Américains - croient que les dindes sont mortes par suite
d'actes d'espionnage. » (21)
Les auteurs Warren Hinckle et William Turner, citant un participant au
projet, rapportèrent dans leur livre sur Cuba que : « Durant
1969 et 1970, la CIA déploya une technologie futuristique pour modifier
le climat dans le but de provoquer des ravages dans les cultures de sucre
à Cuba et miner l'économie. Des avions du Centre d'Armement
Naval de China Lake, une centre de développement de haute technologie
dans le désert Californien, survolèrent l'île, parsemant
les nuages de cristaux et provoquant des pluies torrentielles au-dessus
des zones non-cultivées, créent ainsi une sécheresse
sur les champs de canne (dans certaines zones, les trombes d'eau provoquèrent
des inondations meurtrières). (22)
En 1971, toujours selon des participants, la CIA fournit aux exilés
Cubains un virus qui provoque la fièvre porcine Africaine. Six semaines
plus tard, la propagation de l'épidémie à Cuba obligea
l'abattage de 500.000 porcs pour prévenir une épidémie
d'envergure nationale. Cette épidémie, la première
signalée dans l'hémisphère Occidentale, fût
qualifiée « d'événement le plus alarmant de
l'année » par le United Nations Food and Agriculteral Organization.
(23)
Dix ans plus tard, la cible fût très probablement les êtres
humains, lorsqu'une épidémie de fièvre « dengue
» balaya l'île de Cuba. Transmis par des insectes buveurs de
sang, généralement des moustiques, la maladie provoque des
symptômes graves de grippe et des douleurs osseuses paralysantes.
Entre Mai et Octobre 1981, plus de 300.000 cas furent signalés à
Cuba et 158 décès dont 101 étaient des enfants âgés
de moins de quinze ans.(24)
En 1956 et 1958, révélèrent des documents déclassifiés,
l'armée des Etats-Unis libéra des nuées de moustiques
spécialement élevées en Géorgie et Floride
afin de voir si des insectes porteurs de maladies pouvaient servir d'armes
dans une guerre bactériologique. Les moustiques utilisées
étaient du type Aedes Aegypti, justement le porteur de la fièvre
dengue et autres maladies. (25)
En 1967, le magazine Science révéla que dans le centre gouvernemental
US à Fort Detrick, Maryland, la fièvre dengue était
parmi ces « maladies qui sont pour le moins l'objet de recherches
intensives et qui sont considérés comme des agents potentiels
d'une guerre bactériologique. »(26)
Alors, en 1984, un exilé Cubain, au cours d'un procès à
New York, témoigna qu'au cours du deuxième semestre de 1980,
un navire vogua de la Floride vers Cuba avec pour mission le transport
de microbes et leur introduction à Cuba pour les utiliser contre
les Soviétiques et l'économie Cubaine, pour commencer ce
qu'on appelle une guerre chimique, qui plus tard produisit des résultats
inattendus, parce qu'on pensait qu'il serait utilisé contre les
forces Soviétiques, et en fait il était utilisé contre
notre propre peuple, et nous ne sommes pas d'accord avec ça.(27)
Au vu de ce témoignage, il n'est pas clair si le Cubain pensait
que l'effet des microbes serait d'un certaine manière limité
aux Russes, ou s'il avait été manipulé par les personnes
derrière cette opération.
L'étendue réelle de la guerre chimique et biologique Américaine
contre Cuba ne sera jamais connue. Au cours des années, le gouvernement
de Castro a accusé les Etats-Unis pour un certain nombre de fléaux
qui affectèrent divers troupeaux et cultures. (28)
Et en 1977, de nouveaux documents de la CIA rendus publics révélèrent
que l'Agence « entretenait un programme clandestin de recherche sur
la guerre anti-récoltes visant différents pays à travers
le monde. » (29)
Il advint avec le temps que les Etats-Unis estimèrent nécessaire
de communiquer une partie de son savoir-faire sur la guerre chimique et
bactériologique (GCB) à d'autres pays. A la fin de 1969,
quelques 550 étudiants, de 36 pays, avaient suivis des cours dispensés
à US Army's Chemical School, à Fort McClellan dans l'Alabama.
Les cours de GCB étaient dispensés sous couvert de «
se défendre » contre de telles armes - tout comme fût
enseignée la torture au Vietnam. Nous décrirons aussi dans
le chapitre consacré à l'Uruguay (Non traduit dans ce
texte - Note du traducteur), comment la fabrication et l'usage de bombes
fûrent dispensés sous couvert de combattre les attentats terroristes.
(30)
L'ingénuité qui caractérisait la GCB contre Cuba était
apparent par les dizaines de plans visant à assassiner ou humilier
Fidel Castro. Conçus par la CIA ou par des exilés Cubains,
avec la collaboration des mafiosi Américains, les plans allaient
de l'empoisonnement des cigares et de la nourriture de Castro à
l'utilisation d'un produit chimique destiné à provoquer une
chute de ses cheveux et de sa barbe, en passant par l'administration de
LSD juste avant un discours public. Il y avait bien sûr aussi une
approche plus traditionnelle telle que armes à feu et bombes, comme
le plan de larguer des bombes sur un stade de base-ball durant un discours
de Castro - le bombardier B-26 fût chassé par les canons antiaériens
Cubains avant d'atteindre le stade. (31)
C'est grâce à une telle combinaison de mesures de sécurité
Cubaines, d'informateurs, d'incompétences et de chance que le barbu
est toujours en vie.
Tentatives d'assassinat et attentats
Des tentatives furent entreprises aussi contre le frère
de Castro, Raul, et contre Che Guevara. Ce dernier fût le cible d'un
tir de bazooka dirigé contre l'immeuble des Nations Unies en Décembre
1964. (32)
Différents groupes exilés Cubains se sont régulièrement
engagés dans des actes de violence aux Etats-Unis et bénéficiant
d'une impunité relative durant des décennies. Un de ces groupes,
du nom de Omega 7, avait son quartier général à Union
City, New Jersey, et fût qualifié en 1980 par la FBI de «
groupe terroriste le plus dangereux aux Etats-Unis ». (33)
Le rythme des attaques contre Cuba même baissa vers la fin des années
60, probablement à cause de l'absence de résultats, combiné
avec le vieillissement des combattants, et les groupes d'exilés
se retournèrent vers de cibles à l'intérieur des Etats-Unis
et ailleurs dans le monde.
Au cours de la décennie suivante, tandis que la CIA inondait en
argent la communauté en exil, plus de 100 « incidents »
graves eurent lieu aux Etats-Unis, revendiqués par Omega 7 et autres
groupes. (Au sein de la communauté, la distinction entre groupes
terroristes et non terroristes n'est pas particulièrement précise
: beaucoup d'identités se recouvrent et de nouveaux noms sont fréquemment
crées.) Des attentats répétés à la bombe
se produisirent contre la mission Soviétique à l'ONU, contre
son ambassade, ses véhicules, un navire Soviétique à
quai dans le New Jersey, les bureaux de la compagnie aérienne Aeroflot,
avec un certain nombre de blessés parmi les Russes et les policiers
Américains, plusieurs attaques à la bombe contre la mission
Cubaine à l'ONU et sa représentation à Washington,
de multiples attaques contre des diplomates Cubains, incluant au moins
un meurtre, la découverte d'une bombe dans l'Académie de
Musique de New York en 1976 juste avant une célébration de
la Révolution Cubaine ; 2 ans plus tard une bombe au Centre Lincoln
juste après une représentation du ballet Cubain ; 3 bombes
au cours de la même nuit en 1979 : les bureaux du Programme de Réfugiés
Cubains du New Jersey, une pharmacie du New Jersey qui avait envoyé
des médicaments à Cuba, une valise qui explosa à l'aéroport
JFK, blessant quatre bagagistes, quelques minutes seulement avant son embarquement
sur le vol TWA pour Los Angeles.(34)
L'action la plus violente de cette époque fût l'explosion
d'un avion de Cubana Airlines peu après son décollage de
la Barbade le 6 Octobre 1976, tuant 73 personnes parmi lesquelles la totalité
de l'équipe de championnat d'escrime de Cuba. Plus tard, des documents
de la CIA révélèrent que le 22 Juin, un officier de
la CIA basé à l'étranger envoya un rapport au siège
de l'Agence indiquant qu'il avait appris par une source qu'un groupe d'exilés
Cubains planifiait un attentat contre un avion Cubain sur la liaison Panama-La
Havane. Le dirigeant du groupe était un pédiatre du nom de
Orlando Bosch. Après l'attentat d'Octobre, ce fût le réseau
de Bosch qui le revendiqua. Le rapport indiquait que la CIA avait les moyens
d'infiltrer l'organisation de Bosch, mais il n'y a aucune trace dans aucun
document que l'Agence ait entrepris une quelconque action de surveillance
de Bosch ou de son groupe, ni que la CIA avait prévenu la Havane.
(35)
En 1983, tandis que Orlando Bosch attendait dans une prison de Venezuela
sous l'accusation d'avoir monté l'opération d'attentat, la
Commission de la Ville de Miami proclama « Une Journée Orlando
Bosch ». (36) Bosch avait
déjà été jugé coupable d'une attaque
au bazooka contre un navire Polonais à Miami.
Une dissidence réduite au silence et la complicité
des authorités de Miami
Les exilés Cubains eux-mêmes ont souvent été
les victimes d'un traitement brutal. Ceux qui rendaient visite à
Cuba pour quelque raison que ce fût, ou suggéraient publiquement,
même timidement, un rapprochement avec leur pays d'origine, ceux-là
aussi étaient victimes d'attentats et fusillades en Floride et New
Jersey. Des groupes Américains partisans du rétablissement
des relations diplomatiques ou la fin de l'embargo ont aussi été
attaqués de la sorte, de même que des agences de voyage offrant
des voyages vers Cuba ainsi qu'une société de produits pharmaceutiques
du New Jersey qui avait envoyé des médicaments vers l'île.
La dissidence à Miami a été efficacement réduite
au silence, tandis que la police, les autorités de la ville, et
les médias regardaient de l'autre côté, quand ils n'exprimaient
pas ouvertement leur soutien aux campagnes d'intimidation. (37)
A Miami et ailleurs, la CIA - apparemment pour repérer les agents
de Castro - a employé des exilés pour espionner leurs compatriotes
ainsi que les Américains qui les fréquentaient. (38)
Bien qu'il y ait toujours eu une frange extrémiste démente
dans la communauté exilée Cubaine (par opposition à
la frange normale démente) qui affirme que Washington a trahi leur
cause, au cours des années on n'a assisté qu'à des
arrestations et condamnations occasionnelles d'exilés pour une attaque
terroriste aux Etats-Unis, à tel point que les exilés ne
pouvaient être que convaincus qu'à Washington, le coeur n'y
est pas vraiment... Les groupes d'exilés et leurs membres importants
sont bien connus des autorités, car les anti-Castristes n'ont pas
vraiment fait preuve de discrétion. Au moins jusqu'au début
des années 80, ils s'entraînaient ouvertement dans le sud
de la Floride et au sud de la Californie ; des photos les montrant maniant
leurs armes ont été publiées par le presse. (39)
La CIA, avec ses innombrables contacts-mouchards-informateurs au sein des
exilés, pouvait combler nombre de pièces manquantes pour
la FBI ou la police, si elle en avait la volonté. En 1980, dans
un rapport détaillé sur le terrorisme des exilés Cubains,
le Village Voice de New York rapporta :
Deux histoires ont pu être arrachées auprès de la police
de New York... « Vous savez, c'est drôle, » dit l'un
d'eux avec précaution, « il y a eu deux ou trois choses...
comment dire... On arrive à un certain stade d'une enquête
et puis soudainement tout s'arrête. Affaire classée. On demande
de l'aide à la CIA, et ils répondent que ça ne les
intéresse pas vraiment. Message reçu. » Un autre enquêteur
dit qu'il travaillait deux ans auparavant sur une affaire de drogues impliquant
des exilés Cubains, et sur une liste de numéros de téléphone
composés qu'il réussit à obtenir, il y avait un numéro
fréquemment composé à Miami. Le numéro correspondait
à une société appelée Zodiac, « qui s'avéra
être une façade de la CIA. » Il abandonna l'enquête.
(40)
Les exilés Cubains aux Etats-Unis, dans leur ensemble, ont bien
pu constituer le plus durable et prolifique groupe terroriste au monde.
Il est donc très ironique, pour ne pas dire hypocrite, que durant
de nombreuses années et jusqu'à aujourd'hui dans les années
90, le Département d'Etat ait inclus Cuba parmi les Etats qui «
parrainent le terrorisme », pas parce que des actes terroristes auraient
été commis par le gouvernement Cubain, mais uniquement parce
qu'ils « hébergent des terroristes ».
Alliance pour le Progrès ou Alliance contre Cuba ?
En 1961, en faisant grand bruit autour, l'administration Kennedy dévoila
son programme d'exhibition, l'Alliance pour le Progrès. Conçu
comme une riposte directe à Cuba-la-Castriste, il prétendait
apporter la démonstration qu'un changement social pouvait avoir
lieu en Amérique Latine sans avoir recours à la révolution
ou au socialisme. « Si la seule alternative pour les peuples d'Amérique
Latine est le statu quo ou le communisme, » dit John F. Kennedy,
« alors ils choisiront inévitablement le communisme. »
(41)
Le programme de l'Alliance, pesant plusieurs milliards de dollars, se fixa
un ensemble d'objectifs ambitieux qu'il espérait atteindre avant
la fin de la décennie. Ces objectifs visaient un croissance économique,
une répartition plus équitable des richesses nationales,
une réduction du chômage, une réforme agraire, l'éducation,
le logement, la santé, etc. En 1970, la Fondation du Vingtième
Siècle de New York - dont la liste des membres se lit comme le Who's
Who du gotha de l'industrie et du gouvernement - entreprit une étude
pour évaluer le degré de réalisation des objectifs
de l'Alliance. Une des conclusions de l'étude était que Cuba,
qui ne faisait pas partie des bénéficiaires du programme,
avait mieux réussi dans certains des objectifs de l'Alliance que
la plupart des membres de l'Alliance eux-mêmes. Dans l'éducation
et la santé, aucun pays d'Amérique Latine n'avait réalisé
de programmes aussi ambitieux et complets. L'économie planifiée
de Cuba a fait plus pour l'intégration des secteurs urbains et ruraux
(à travers une politique de redistribution des revenus nationaux)
que les économies de marché des autres pays d'Amérique
Latine. (42) De plus, il fût
reconnu que la réforme agraire Cubaine avait été plus
ample que dans tout autre pays d'Amérique Latine, bien que l'étude
se cantonna dans une attitude d'expectative quant aux résultats
de la réforme. (43)
Ces réussites économiques et sociales, parmi d'autres, furent
obtenues malgré l'embargo des Etats-Unis et la quantité démesurée
de ressources et de travail que Cuba devait consacrer à sa défense
et sécurité à cause de la menace qui planait au nord.
De plus, bien que ne faisant pas partie des objectifs déclarés
de l'Alliance, il y avait un autre domaine d'une importance universelle
dans lequel Cuba se distinguait du lot de ses voisins Latins : il n'y avait
pas de hordes de desaparecidos (« disparus » - NdT),
pas d'escadrons de la mort, pas de torture systématique et routinière.
Cuba était devenu ce que Washington avait toujours craint du Tiers
Monde : un bon exemple.
En parallèle à son agressivité économique et
militaire, les Etats-Unis ont longtemps maintenu une offensive implacable
de propagande contre Cuba. Un certain nombre d'exemples appliqués
à d'autres pays peuvent être trouvés dans ce livre
(non traduit ici - N.D.T.) En plus de son vaste empire journalistique
à l'étranger, la CIA a maintenu des usines-à-articles-anti-Castristes
aux Etats-Unis durant des dizaines d'années. l'Agence a financé
à certaines époques des publications à Miami telles
que Avance, El Mundo, El Prensa Libre, Bohemia et El Diario de Las Americas,
ainsi que AIP, une station de radio qui produisait des programmes envoyés
gratuitement à plus de 100 petites stations en Amérique Latine.
Deux autres couvertures de la CIA à New York, Foreign Publications
Inc et Editors Press Service, faisaient aussi partie du réseau de
propagande. (44)
Etait-ce inévitable ?
La tentative des Etats-Unis de renverser le gouvernement Cubain était-elle
inévitable ? Est-ce que les relations entre deux pays voisins pouvaient
emprunter un autre chemin ? En se basant sur un historique marqué
par une hostilité systématique même à l'égard
des gouvernements de gauche modérés, la réponse serait
qu'il n'y avait aucune raison pour que le gouvernement révolutionnaire
de Cuba soit une exception. Cependant, il s'avéra que Washington
à l'origine n'était pas indisposé à l'égard
de la Révolution Cubaine. Il y en avait même qui exprimèrent
avec hésitation leur approbation ou leur optimisme. A l'évidence,
cela était dû à la croyance que les événements
qui se déroulaient à Cuba n'était rien de plus qu'un
nouveau changement de gouvernement en Amérique Latine, comme ceux
qui avaient déjà eu lieu avec une régularité
monotone au cours du dernier siècle, où les noms et les visages
changeaient mais la soumission aux Etats-Unis demeurait. (Le fait que John
Foster Dulles était en train de mourir du cancer à cette
époque ne pouvait que contribuer à renforcer une ambiance
de laisser-aller. Dulles quitta le Département d'Etat au début
de Février 1959, un mois après la révolution. Un de
ses derniers gestes fût de retirer la mission militaire Américaine
de Cuba.)
Alors Castro se révéla être d'une toute autre trempe.
Ce n'était plus « business comme d'habitude » dans les
Caraïbes. Rapidement il exprima ouvertement ses critiques à
l'égard des Etats-Unis. Il faisait amèrement référence
aux 60 ans de contrôle Américain sur Cuba ; comment, au bout
de ces 60 ans, les masses Cubaines se retrouvèrent appauvries ;
comment les Etats-Unis brandissaient les quotas de sucre comme une menace.
Il parlait de l'inacceptable présence de la base militaire de Guantanamo
; il fit passer à Washington, avec suffisamment de clarté,
le message que Cuba poursuivrait une politique d'indépendance et
de neutralité dans la guerre froide. C'était pour de telles
raisons que Castro et Che Guevara avaient sacrifié les carrières
bourgeoises prospères qui les attendaient comme avocats et médecins
pour leur préférer la direction d'une révolution.
Les compromissions n'étaient pas à l'ordre du jour ; pas
plus que pour Washington qui n'était pas préparé à
cohabiter avec de tels hommes et un tel gouvernement. Il ne fallut pas
longtemps pour que Castro et son régime soient qualifiés
de « communistes », un mot connu pour sa capacité à
interrompre instantanément l'afflux de sang vers les cellules du
cerveau de celui qui le prononçait.
A une réunion du Conseil National de Sécurité, le
10 Mars 1959, fût abordé la question « d'amener un autre
gouvernement au pouvoir à Cuba ». (45)
Et ceci avant que Castro ait nationalisé des biens Américains.
Le mois suivant, après une rencontre avec Castro à Washington,
le Vice Président Richard Nixon écrivît un mémo
dans lequel il exprimait sa conviction que Castro était «
soit incroyablement naïf au sujet du Communisme, soit sous l'emprise
des communistes » et que le leader Cubain devait être traité
en conséquence. Nixon écrivit plus tard que son opinion à
cette époque était minoritaire au sein de l'administration
Eisenhower. (46) Mais avant
la fin de l'année, le directeur de la CIA Allen Dulles avait décidé
qu'une invasion de Cuba était nécessaire. En Mars 1960, le
projet fût approuvé par le Président Eisenhower. (47)
Puis vint l'embargo, qui ne devait laisser aucune alternative à
Castro sinon celle de se retourner de plus en plus vers l'Union Soviétique,
confirmant ainsi dans les esprits à Washington que Castro était
effectivement un communiste. Certains émirent l'hypothèse
que celui-ci avait toujours été en fait un Rouge.
Dans ce contexte, il est intéressant de noter que le Parti Communiste
de Cuba fût longtemps un soutien à Batista, et avait servi
dans son équipe gouvernemental, et n'avait apporté son soutien
à Castro et ses hommes que lorsque son accession au pouvoir paraissait
imminente. (48) Et pour accentuer
l'ironie de la chose, en 1957 et 1958 la CIA faisait parvenir des fonds
au mouvement de Castro, tandis que les Etats-Unis soutenaient Batista avec
des armes pour contrer les rebelles. Apparemment, encore une erreur de
calcul de la part de la CIA. (49)
Si Castro à ses débuts avait usé d'une rhétorique
plus modérée et s'il s'était plié aux règles
de bienséance diplomatique, tout en poursuivant une politique d'indépendance
et de socialisme qu'il croyait être le mieux adapté pour Cuba
(ou inévitable si certains changements devaient avoir lieu), il
n'aurait fait que repousser, pour peu de temps, certaines échéances.
Jacobo Arbenz du Guatemala, Mossadegh en Iran, Cheddi Jagan en Guyane,
et d'autres dirigeants du Tiers Monde avaient tous fait de grands détours
pour éviter de marcher sur les orteils extrêmement sensibles
de Washington, et étaient beaucoup plus modérés dans
leur programmes et leur attitude à l'égard des Etats-Unis
que ne l'était Castro ; malgré cela, tous sont tombés
sous le couperet de la CIA.
Nous savons maintenant qu'en Aout 1961, quatre mois après la Baie
des Cochons, Che Guevara rencontra Richard Goodwin, conseiller spécial
auprès du Président Kennedy, au cours d'une réunion
internationale en Uruguay. Guevara avait un message pour Kennedy. Cuba
était disposé à renoncer à toute alliance politique
avec le bloc Soviétique, à indemniser les biens Américains
confisqués, à envisager une réexamen de son soutien
aux insurrections de gauche dans d'autres pays. En retour, les Etats-Unis
devaient cesser toute action hostile à l'égard de Cuba. De
retour à Washington, le conseil de Goodwin au Président fût
« d'intensifier en silence » les pressions économiques
contre Cuba. En Novembre, Kennedy autorisa l'Opération Mangouste.
(50)
NOTES
1. Khrushchev Remembers
(Londres, 1971) pp. 494, 496.
2. Time, 2 Novembre 1962.
3. Cité par William Appleman
Williams, "American Intervention in Russia: 1917-20" - dans David
Horowitz, ed., Containment and Revolution (Boston, 1967). Ecrit dans une
lettre au Président Wilson par le secrétaire d'Etat Robert
Lansing, oncle de John Foster et Allen Dulles.
4. Facts on File, Cuba, the
U.S. & Russia, 1960-63 (New York, 1964) pp. 56-8.
5. International Herald Tribune
(Paris), 2 Octobre 1985, p. 1.
6. New York Times, 23 Octobre
1959, p. 1.
7. Facts on File, op. cit.,
pp. 7-8; New York Times, 19, 20 Février 1960; 22 Mars 1960.
8. New York Times, 5, 6 Mars
1960.
9. David Wise, "Colby of
CIA -- CIA of Colby", New York Times Magazine, 1er Juillet 1973, p.
9.
10. Le rapport d'une enquête
menée à la suite de l'invasion et ordonnée par Kennedy
révéla « qu'il n'avait jamais été dans
l'intention de l'invasion elle-même de renverser Castro. L'espoir
résidait dans un succès initial qui aurait déclenché
un soulèvement de milliers de Cubains anti-Castristes. Les navires
participant à l'invasion transportaient 15.000 armes destinées
à être distribuées aux volontaires. » U.S. News
& World Report, 13 Aout 1979, p. 82. Certains officiels de la CIA,
inclus Allen Dulles, nièrent plus tard qu'un soulèvement
était attendu, mais cela pourrait n'être qu'une tentative
de masquer leur embarras idéologique face à une population
vivant sous la « tyrannie communiste » qui n'avait pas répondu
à l'appel du « Monde Libre ».
11. Attaques contre Cuba:
a) Taylor Branch et George Crile III, "The Kennedy Vendetta",
Harper's magazine (New York), Aout 1975, pp. 49-63
b) Facts on File, op. cit., passim
c) New York Times, 26 Aout 1962, p. 1;21 Mars 1963, p. 3; Washington Post,
1 Juin 1966; 30 Septembre 1966; plus beaucoup d'autres articles dans les
deux journaux au cours des années 60
d) Warren Hinckle et William W. Turner, The Fish is Red: The Story of the
Secret War Against Castro (Harper & Row, New York, 1981) passim.
12. Branch and Crile, op. cit.,
pp. 49-63. L'article mentionne que plus de 300 Américains se trouvaient
impliqués dans l'opération, mais dans "CBS Reports:
The CIA's Secret Army", diffusé le 10 Juin 1977, écrit
par Bill Moyers et le même George Crile III, un ancien officiel de
la CIA Ray Cline déclare qu'il y avait entre 600 et 700 officiers
Américains.
13. New York Times, 26 Aout
1962, p. 1.
14. John Gerassi, The Great
Fear in Latin America (New York, 1965, édition révisée)
p. 278.
15. Branch and Crile, op. cit.,
p. 52.
16. The Times (Londres), 8,
10 Janvier 1964; 12 Mai, p. 10; 21 Juillet, p. 10; 28, 29 Octobre; The
Guardian (Londres), 28, 29 Octobre 1964.
17. Washington Post, 14 Février
1975, p. C31; l'histoire d'Anderson raconte qu'il n'y avait que 24 autobus
et qu'ils furent séchés et mis en circulation en Angleterre.
18. Branch and Crile, op. cit.,
p. 52
19. New York Times, 28 Avril
1966, p. 1.
20. Branch and Crile, op. cit.,
p. 52
21. Washington Post, 21 Mars
1977, p.A18.
22. Hinckle and Turner, p. 293,
basé sur l'interview d'un participant à Ridgecrest, Californie,
27 Septembre 1975.
23. San Francisco Chronicle,
10 Janvier 1977.
24. Bill Schaap, "The 1981
Cuba Dengue Epidemic", Covert Action Information Bulletin (Washington),
No. 17, Eté 1982, pp. 28-31.
25. San Francisco Chronicle,
30 Octobre 1980.
26. Science (American Association
for the Advancement of Science, Washington), 13 Janvier 1967, p. 176.
27. Covert Action Information
Bulletin (Washington), No. 22, Automne 1984, p. 35; le procès de
Eduardo Victor Arocena Perez, Federal District Court for the Southern District
of New York, transcription du 10 Septembre 1984, pp. 2187-89.
28. See, dans San Francisco
Chronicle, 27 Juillet 1981.
29. Washington Post, 16 Septembre
1977, p. A2.
30. Ibid., 25 Octobre 1969,
article de Jack Anderson.
31. Des rapports sur les tentatives
d'assassinat on été révélés en de nombreux
lieux ; voir Interim Report: Alleged Assassination Plots Involving Foreign
Leaders, The Select Committee to Study Governmental Operations with Respect
to Intelligence Activities (US Senate), 20 Novembre 1975, pp. 71-180, pour
un compte-rendu détaillé, mais incomplet, de la tentative
d'attentat contre le stade : New York Times, 22 Novembre 1964, p. 26.
32. New York Times, 12 Décembre
1964, p. 1.
33. Ibid., 3 Mars 1980, p. 1.
34. Attaques terroristes aux
Etats-Unis :
a) Jeff Stein, "Inside Omega 7", The Village Voice (New York),
10 Mars 1980
b) San Francisco Chronicle, 26 Mars 1979, p. 3; 11 & 12 Décembre,
1979.
c) New York Times, 13 Septembre 1980, p. 24; 3 Mars, 1980, p. 1.
d) John Dinges et Saul Landau, Assassination on Embassy Row (Londres, 1981),
pp. 251-52, note (inclus des attaques contre des objectifs Cubains dans
d'autres pays)
e) Covert Action Information Bulletin (Washington), No. 6, Octobre 1979,
pp. 8-9.
35. L'attentat contre l'avion
:
a) Washington Post, 1 Novembre 1986, pp. A1, A18.
b) Jonathan Kwitny, The Crimes of Patriots (New York, 1987), p. 379.
c) William Schaap, "New Spate of Terrorism: Key Leaders Unleashed",
Covert Action Information Bulletin (Washington), No. 11, Décembre
1980, pp.4-8.
d) Dinges et Landau, pp. 245-6.
e) Discours de Fidel Castro, 15 Octobre 1976, reproduit dans Toward Improved
U.S.-Cuba Relations, House Committee on International Relations, Appendix
A, 23 Mai 1977.
Documents de la CIA : parmi ceux ayant fait l'objet de la levée
du secret défense, envoyés aux Archives Nationales en 1993,
et rendus publics. Rapportés par The Nation (New York), 29 Novembre
1993, p.657.
36. Dangerous Dialogue: Attacks
on Freedom of Expression in Miami's Cuban Exile Community, p. 26, publié
par America's Watch et The Fund for Free Expression, New York et Washington,
Aout 1992.
37. Ibid., passim. Voir aussi
: "Terrorism in Miami:Suppressing Free Speech", CounterSpy magazine
(Washington), Vol. 8, No. 3, Mars-Mai 1984, pp. 26-30; The Village Voice,
op. cit.; Covert Action Information Bulletin (Washington), No. 6, Octobre
1979, pp. 8-9.
38. New York Times, 4 Janvier
1975, p. 8.
39. San Francisco Chronicle,
12 Janvier 1982, p. 14; Parade magazine (Washington Post), 15 Mars 1981,
p. 5.
40. The Village Voice, op. cit.
41. Jerome Levinson et Juan
de Onis, The Alliance That Lost Its Way: A Critical Report on the Alliance
for Progress (A Twentieth Century Fund Study, Chicago, 1970) p. 56.
42. Ibid.,p. 309; la liste des
objectifs de l'Alliance peuvent être trouvés pp. 352-5.
43. Ibid., pp. 226-7.
44. New York Times, 26 Décembre
1977, p.37. Voir aussi : Philip Agee, Inside the Company: CIA Diary (New
York, 1975) p. 380 (Editors Press Service).
45. Tad Szulc, Fidel, A Critical
Portrait (New York, 1986), pp. 480-1.
46. Richard Nixon, Six Crises
(New York, 1962, édition de poche) pp.416-17.
47. Victor Marchetti et John
Marks, The CIA and the Cult of Intelligence (New York, 1975), p. 289.
48. Marc Edelman, "The
Other Super Power: The Soviet Union and Latin America 1917-1987",
rapport du NACLA sur les Amériques (North American Congress on Latin
America, New York), Janvier-Février 1987, p.16; Szulc, voir index.
49. Szulc, pp. 427-8.
50. Miami Herald, 29 Avril 1996,
p. 1, à partir de documents de l'administration de Kennedy rendus
publics en 1996.
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